Aller au contenu
Essentiel ImmoL'immobilier, simplement expliqué.

Locataire

Devoirs du locataire, sept obligations que la loi de 1989 fait peser sur chaque bail

Louer un logement donne un droit d'usage exclusif, mais il s'accompagne d'obligations précises fixées par la loi. Loyer, entretien courant, assurance ou usage paisible : voici ce que le locataire doit faire, ce qui reste à la charge du propriétaire et comment protéger son dépôt de garantie.

Loyer, entretien et assurance font partie des responsabilités du locataire pendant toute la durée du bail.

Ce que la loi attend vraiment du locataire

Le socle de l’article 7 : sept devoirs qui cadrent tout le bail

La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 fixe le statut des locations à usage d’habitation, nues comme meublées depuis la loi ALUR du 24 mars 2014. Son article 7 liste les obligations du preneur : payer loyer et charges aux échéances convenues, user paisiblement des lieux, répondre des dégradations survenues pendant la location, assurer l’entretien courant et les réparations locatives, laisser exécuter certains travaux, ne pas transformer sans accord écrit, et s’assurer contre les risques locatifs.

Ces devoirs naissent à la remise des clés et durent jusqu’à la restitution des locaux et des clés, constatée par l’état des lieux de sortie contradictoire. Ils s’appliquent même si le bail ne les rappelle pas.

Un contrat d’ordre public qui protège contre les clauses abusives

Les dispositions de la loi de 1989 sont d’ordre public. Aucune clause ne peut les durcir au détriment du locataire. L’article 4 répute non écrite, donc inapplicable, toute stipulation qui imposerait par exemple une compagnie d’assurance désignée, une pénalité automatique ou une remise à neuf sans tenir compte de l’usure normale.

En face, le bailleur a ses propres devoirs : délivrer un logement décent, entretenir le bâti et les équipements essentiels, ne pas s’opposer à un aménagement raisonnable. Cet équilibre explique la sanction : le non-respect des devoirs du locataire peut conduire à une retenue sur le dépôt de garantie, voire à la résiliation judiciaire du bail.

Un locataire et un propriétaire inspectent un appartement vide lors de l’état des lieux de sortie.

Payer, entretenir et assurer : les trois piliers du quotidien

Loyer et charges : ce que vous devez, quand et comment

Le loyer se paie à la date prévue au bail. Vous pouvez exiger la mensualisation sur simple demande. Le montant et les modalités de révision doivent figurer au contrat.

Les charges dites récupérables sont limitativement énumérées par le décret n° 87-713 du 26 août 1987 en trois familles : services liés au logement (eau froide, ascenseur, entretien des parties communes), menues réparations des parties communes, et taxes dont la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM). Tout le reste n’est pas récupérable.

Le bailleur doit faire une régularisation au moins une fois par an. Il adresse un décompte par nature de dépense, un mois avant la régularisation. Les justificatifs restent à votre disposition pendant six mois après l’envoi. Le délai pour réclamer un arriéré ou un trop-perçu est de trois ans, pour chaque partie.

Suspendre son loyer pour faire pression sur le propriétaire constitue une faute, même si le logement présente un désordre. Seul le juge des contentieux de la protection peut autoriser une consignation.

— Service-Public.fr

En cas d’impayé, le bailleur peut faire délivrer par un commissaire de justice un commandement de payer visant la clause résolutoire. Depuis la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, le délai pour régler est de six semaines pour les baux signés après son entrée en vigueur (deux mois pour les baux plus anciens). Sans paiement, le bailleur peut saisir le juge pour faire constater la résiliation et ordonner l’expulsion.

Entretien courant et réparations locatives : la liste précise de ce qui vous revient

Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 détaille ce qui relève du locataire. L’idée est simple : vous entretenez ce qui s’use par l’usage quotidien, vous ne refaites pas le bâti.

Poste Exemples à la charge du locataire À la charge du bailleur
Extérieurs privatifs Tonte, désherbage, taille des arbustes, débouchage des gouttières Réfection de la toiture, ravalement de façade
Ouvertures et menuiseries Graissage des gonds et charnières, remplacement d’une vitre brisée par votre fait, entretien des serrures Remplacement d’une fenêtre vétuste ou d’un volet hors d’usage
Intérieur Rebouchage des trous de chevilles, raccords de peinture discrets, entretien des sols Reprise d’enduits soufflés par humidité structurelle
Plomberie Remplacement des joints, clapets, flotteurs, flexibles, débouchage des évacuations, détartrage du chauffe-eau Remplacement d’un ballon percé par la corrosion, canalisation encastrée fuyarde
Électricité et équipements Ampoules, fusibles, prises, nettoyage des bouches de VMC, piles du détecteur de fumée Mise aux normes du tableau électrique, remplacement d’une chaudière hors d’usage

Deux obligations techniques sont contrôlées : l’entretien annuel de la chaudière individuelle de 4 à 400 kW, attesté par un professionnel et à conserver deux ans selon le Code de l’environnement, et le ramonage des conduits de fumée. Le détecteur avertisseur autonome de fumée (DAAF) doit rester en état de marche : vous changez les piles et le remplacez si besoin dans un logement loué vide.

Assurance habitation : une preuve à fournir chaque année

Vous devez vous assurer contre les risques locatifs : incendie, explosion, dégât des eaux. L’attestation est à remettre à l’entrée, puis chaque année à la date anniversaire.

Sans justificatif après mise en demeure restée sans effet, le bailleur a deux options : demander la résiliation du bail si une clause le prévoit, ou souscrire lui-même une assurance pour votre compte. Dans ce second cas, il récupère la prime avec une majoration maximale de 10 %, en douzièmes à chaque loyer.

Un locataire vérifie le détecteur de fumée de son appartement dans le cadre de l’entretien courant.

La frontière qui compte : vétusté, usure normale et interdictions

Vétusté et usure normale : comment la grille protège votre dépôt de garantie

Vous ne devez pas les dégradations dues à la vétusté, au vice de construction ou à la force majeure. Le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 définit la vétusté comme l’usure résultant du temps ou de l’usage normal des matériaux et équipements.

Concrètement, une peinture jaunie après huit ans, une moquette tassée ou un joint fatigué relèvent de l’usure normale, pas d’une faute. Pour chiffrer, bailleur et locataire peuvent se référer à une grille de vétusté, souvent issue d’un accord collectif. Elle fixe par équipement une durée de vie théorique, une franchise et un abattement annuel.

Par exemple, pour des peintures données pour 7 à 10 ans de vie, avec un abattement de 10 à 15 % par an après 1 ou 2 ans de franchise, l’indemnité due par le locataire tombe à zéro une fois la durée d’amortissement atteinte. Les grosses réparations au sens de l’article 606 du Code civil — structure, toiture, canalisations encastrées — restent dans tous les cas au bailleur. Le remplacement complet d’une chaudière vétuste aussi.

Lors de l’état des lieux de sortie, la comparaison avec l’état des lieux d’entrée fait foi. Sans grille prévue au bail, le juge apprécie l’usure au cas par cas, pièces et factures à l’appui.

Transformations, sous-location et tranquillité : les lignes rouges

Le bail fixe une destination — le plus souvent habitation exclusive. Y exercer une activité professionnelle ou commerciale sans accord expose à la résiliation.

Vous devez jouir paisiblement des lieux. Les troubles anormaux de voisinage — bruits répétés, nuisances olfactives ou matérielles — engagent votre responsabilité. Le Code civil permet aux voisins comme au bailleur d’agir, et le bail peut être résilié si les troubles sont établis.

Deux règles méritent une attention particulière :

  • Aménagement contre transformation. Vous pouvez peindre en teinte sobre, poser des étagères, changer un revêtement amovible. Vous ne pouvez pas abattre une cloison, percer un mur porteur ou remplacer un équipement sanitaire sans accord écrit. À défaut, le bailleur peut exiger la remise en état à vos frais.
  • Sous-location. Elle est interdite sans accord écrit préalable du bailleur, y compris pour une courte durée ou via une plateforme. Le loyer demandé au sous-locataire ne peut dépasser, au mètre carré, celui du bail principal. La sous-location illicite expose à la résiliation et au reversement des loyers perçus.

Accès au logement, travaux et fin de bail : vos droits et vos devoirs

Laisser entrer pour travaux ou visites : dans quelles limites

Vous devez laisser l’accès pour les travaux indispensables : réparation urgente, mise en conformité, amélioration de la performance énergétique. L’accord sur les dates et horaires est recherché. Sauf urgence, les travaux ne peuvent vous être imposés les samedis, dimanches et jours fériés sans votre accord.

Si les travaux durent plus de 21 jours et vous privent d’une partie du logement, vous pouvez demander une diminution de loyer proportionnelle à la durée et à la surface neutralisée, en vertu de l’article 1724 du Code civil.

En cas de vente ou de relocation, les visites sont dues mais encadrées : deux heures par jour ouvré maximum, à des créneaux convenus. Au-delà, vous pouvez saisir la commission départementale de conciliation (CDC) ou le juge.

État des lieux de sortie et dépôt de garantie : le mode d’emploi

Le dépôt de garantie — un mois hors charges pour un logement nu, deux mois pour un meublé — n’est pas un loyer d’avance. Sa restitution dépend de l’état des lieux de sortie, contradictoire et gratuit s’il est fait entre les parties (des frais partagés s’appliquent seulement en cas d’intervention d’un commissaire de justice sans accord amiable).

  • Si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, restitution dans un mois.
  • S’il relève des différences, restitution dans deux mois, déduction faite des sommes justifiées par factures, devis ou état des lieux comparé en tenant compte de la vétusté.

Tout retard expose le bailleur à une pénalité de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé. Conservez votre état des lieux d’entrée, vos attestations d’assurance et vos preuves d’entretien : ce sont ces pièces qui font la différence en cas de litige.

Repères réglementaires cités : loi du 6 juillet 1989, décrets n° 87-712 et 87-713 du 26 août 1987, décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, d’après Légifrance et Service-Public.fr.